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[N° 357 - Commune de Paris - Xe arrondissement - Deuxième rapport sur la recherche des crimes commis à l’église Saint-Laurent]

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[N° 357 - Commune de Paris - Xe arrondissement - Deuxième rapport sur la recherche des crimes commis à l’église Saint-Laurent]
adresse :
. — Paris : [s.n.], (Imprimerie nationale [Paris : 1871])
description technique (h × l) :
. — 1 affiche (impr. photoméc.) : n. et b. ; x × y cm
notes :
descriptif :


[ texte ]

texte :

RÉPUBLIQUE FRANÇAISE

N° 357 LIBERTÉ — ÉGALITÉ — FRATERNITÉ N° 357

COMMUNE DE PARIS

XE ARRONDISSEMENT

DEUXIÈME RAPPORT SUR LA RECHERCHE DES CRIMES COMMIS À L’ÉGLISE SAINT-LAURENT

NOTICE

Le passé

Dès les premiers siècles de la monarchie française, l’église Saint-Laurent fut édifiée où se trouve aujourd’hui le couvent de Saint-Lazare. Plus tard, cette paroisse fut transportée de l’autre côté de la route, c’est-à-dire dans le cimetière, place qu’elle occupe encore aujourd’hui.

La première pensée qui vient à l’esprit, c’est qu’un conduit souterrain devait exister entre Saint-Lazare et l’église actuelle, ainsi qu’il en a toujours existé entre les maisons religieuses des deux sexes, pour faciliter les orgies de la gent cléricale. Il en était de même pour les châteaux féodaux, où des passages secrets permettaient de s’échapper aux heures de danger. Partant de là, rien de plus compréhensible, rien de plus saisissant que la déduction qui en jaillit.

Grâce au voisinage de Saint-Lazare, l’église Saint-Laurent était pourvue d’autant de femmes ou jeunes filles que ces de Sade tonsurés pouvaient en désirer. Le mécanisme était des plus simples : Ou l’objet convoité était enlevé, ou bien une banale accusation de sortilège, d’adultère ou d’impiété était invoquée, et l’accusée, femme ou fille, était cloîtrée, circonvenue et livrée sans défense possible à ces monstres de luxure. La famille même cessait d’être une sauvegarde, car la recluse, étant soustraite à tous les regards, passait pour s’être volontairement retirée du monde dans un esprit de repentir.

Les établissements séquestrant les femmes étaient multiples. Combien d’orphelinats, de couvents, de refuges ! Ces débauchés n’avaient que l’embarras du choix, et les victimes marquées, les supérieures de ces établissements s’empressaient de les livrer. D’ailleurs, la résistance leur était impossible, car il y allait de leur intérêt, et même de leur vie qui était en jeu. On sait que l’influence des prêtres était irrésistible : leur caractère sacré, l’acquiescement des chefs de famille, leur puissance absolue, les vœux imprudents ou forcés, la crainte de leur vindication, puis l’imagination et le tempérament, tout leur venait en aide ; tout concourait à leur triomphe odieux. Bref, l’épouse ou la jeune fille disparaissait de la société sans laisser de trace, et tout était au mieux pour l’âme des victimes ainsi que pour la sainte cause ; c’était encore le Parc-aux-Cerfs, mais abrité par le ciel.

Malheur à l’écrivain assez osé pour soulever un coin du voile ! pour lui, dans le passé, c’était la torture et la mort ; et encore aujourd’hui, la ruine, la prison et l’anathème des privilégiés. Ce ne sont pas là de vaines allégations, c’est la rigoureuse appréciation des faits.

Le présent

Mais admettons qu’en ces derniers temps le passage souterrain n’existait plus ; supposons que l’épouse ou la jeune fille arrivait aux bras de ces hypocrites par la grande porte, sous l’influence abusive des sacrements, en passant par le confessionnal ou la sacristie, peu importe ! Paris tout entier ne s’en lèvera pas moins indigné !... navré !... Qu’il descende dans la crypte placée derrière le chœur : là, un spectacle sans nom frappera ses yeux ! des cris déchirants se feront entendre !... Écoutez :...

« Les prêtres, nos bourreaux impitoyables, après nous avoir attirées ici par force ou par ruse, après avoir assouvi sur nous leur brutale lubricité, se lassèrent bientôt ; alors il nous fallut faire place à de plus jeunes ou de plus belles ; puis, après les outrages d’une dernière orgie, nous lûmes endormies par l’effet d’un puissant narcotique, livrées sans résistance possible à ces monstres, qui nous dépouillèrent de nos vêtements et nous lièrent si fortement, que l’on peut voir encore la contraction des os les uns contre les autres. Au bout d’un certain temps, l’ivresse du narcotique s’étant dissipée, le sentiment de l’existence nous revint ; des terreurs, des angoisses inexprimables nous saisirent —, nous cherchâmes d’instinct à nous dégager des liens et de la terre qui nous oppressaient ! Vains efforts, nos liens nous paralysaient ; seule, notre tête put se tordre sous la terre encore molle ; nous essayâmes d’aspirer le peu d’air ambiant provenant d’un escalier et d’un soupirail ; c’est pourquoi toutes nos têtes sont tournées vers ces issues, cherchant à boire le peu d’air s’infiltrant entre les interstices de la terre. Comprenez nos tortures ; comprenez ; notre agonie, notre lutte contre l’étouffement produit par la terre emplissant notre bouche à chaque effort tenté pour respirer. Touchez nos mâchoires contusionnées et horriblement ouvertes. Autant de cadavres, autant de martyres !... Flétrissez, maudissez nos bourreaux ! Le crime impuni est là !... visible !... palpable !... écrasant ! Faites-vous justiciers ! Soyez nos vengeurs ! »

...Elle vient enfin, la Justice majestueuse, inexorable ; elle arrive ! Car rien ne l’arrête, ni le temps, ni l’espace ! Elle porte en ses mains la balance et le glaive étincelant. Ah ! misérables ! vous pensiez être à l’abri de toute revendication ; mais c’est en vain que vous aviez rempli la crypte des os de nos aïeux ; des mains hardies, des mains vengeresses, les ont soulevés et mis à nu la tombe accusatrice. L’heure terrible sonne enfin pour vous ! L’avenir confesse le passé ! Les pages de votre histoire s’imprimeront avec du sang et seront lues à la lueur sinistre de vos bûchers.

Après avoir vidé l’ossuaire, après avoir dégagé l’humus enveloppant ces restes terrifiants, la science calme et froide est venue constater que ces débris appartenaient tous à des infortunées enterrées depuis moins de dix ans. Or, le règne du dernier curé en a duré dix-sept. Mais qu’importe la date du crime, il n’y a point de prescription pour lui.

Oh justice ! si tu mesures la grandeur de la peine à celle du forfait, ton glaive s’émoussera, surtout si tu nombres les victimes pressées et superposées ; les mots seront impuissants pour exprimer ton indignation, pour écrire ton enquête !

…Et toi, Peuple de Paris, peuple intelligent, brave et sympathique, viens en foule contempler ce que deviennent tes femmes et tes filles aux mains de ces infâmes ; viens les reconnaître, les compter, elles sont tiennes. Ouvriras-tu enfin les yeux sur les faits et gestes de ces corrupteurs de l’esprit, de ces assassins du corps ! Persisteras-tu dans ton aveugle apathie ; laisseras-tu toujours tes femmes, les filles, hanter leurs églises, ces lupanars occultes ? Ah ! si ta colère n’éclate pas, si tes yeux ne flambloient, si tes mains ne se crispent, fais alors comme Charles-Quint, couche-toi, vivant, dans ton cercueil.

Mais non, tu comprendras, tu te lèveras comme Lazare ! tu couronneras la femme des rayons de l’intelligence, sans quoi point de salut pour le monde ; surtout, tu feras bonne garde devant ce charnier, durant un siècle s’il le faut !... Ce sera ton phare lumineux pour guider l’humanité jusqu’à l’heure suprême de l’association de toutes les sublimes harmonies !

Paris, le 3 mai 1871.

Pour la Municipalité, LEROUDIER.

IMPRIMERIE NATIONALE. — Mai 1871.


sources :

Texte d’après Les Murailles politiques françaises, tome II : la Commune, Paris, Versailles, la Province (Paris : Le Chevalier, 1874), p. 534.

cotes :