* aide à la recherche
Accueil > 6708 affiches > [Le Dos au mur, n° 3]

[Le Dos au mur, n° 3]

Image (fixe ; à 2 dimensions)
titre :
[Le Dos au mur, n° 3] / Théophile Alexandre Steinlen ; Martial (1952-....) Leiter
adresse :
. — Croix-de-Rozon (GE) : Association du CN__ : le Dos au mur (Croix-de-Rozon),
description technique (h × l) :
. — 1 affiche (impr. photoméc.) : n. et b. ; 44 × 31 cm
notes :
descriptif :


1978 mai

[ texte et dessins, journal mural ]

texte :

Le Dos au mur 

journal mural - numéro 3 - mai 1978

Solitaire d’abord, solidaire ensuite


En dehors
Des idées fuyantes mais pertinentes vous traversent quelquefois l’esprit. Il est alors difficile de les arrêter, de les noter. Elles vous apparaissent pourtant, une fois saisies, d’une évidente simplicité, comme si l’on avait toujours vécu avec elles.
Peu de gens s’en soucient, préférant sans doute garder leurs vérités passées, leurs impressions rassurantes. C’est ainsi que, peu à peu, la réalité, celle que nous subissons chaque jour et qui a atteint un degré d’inviolabilité exaspérante, que cette réalité donc n’a plus rien à voir avec nos songes, nos désirs, notre individualité…
Un glissement imperceptiblement s’est produit, nous sommes désormais en dehors…

Le décor change
Ce n’est pas que j’exalte les vestiges d’un monde disparu. Je me dis : Notre monde à nous ne léguera que des déchets, que des déchets…

Question de pouvoir
Le pouvoir éclata, il se rompit en plusieurs petits fragments.
Avec souplesse, chacun d’eux se rétablit.
Et ma vie continue, heurtée plus que jamais.
Les possesseurs de ce pouvoir, ainsi séparés, ne cessent d’accentuer leurs emprises.
Ces derniers, et le mot convient : ces derniers des derniers, n’en finissent plus de s’arracher le pouvoir, tout pouvoir.
Le spectacle demeure.

Solitaire d’abord
On parle d’anarchie.
Il n’y a pas d’absolu.
Notre dégoût de la société moderne n’engendre pas en nous d’immuables convictions. Nous sommes ce que l’on pourrait appeler des semeurs... et sans rêve d’avenir meilleur, l’instant présent seul compte. C’est en dehors de toutes les lois, de toutes les règles, de toutes les idéologies, c’est dès tout de suite que nous voulons nous laisser aller à nos douceurs, à nos rages, à nos instincts, à nos jeux, à nos faims.
Rien jusqu’ici ne nous a révélé le meilleur des mondes. Rien ne nous a donné le critère absolu.
Le panorama de la vie change sans cesse et les faits, suivant l’heure, nous apparaissent sous différentes lumières. Rien n’est immuable. Rien n’est codifiable. Rien n’est scientifique.
Tout bouge. Tout résonne de sensations vibrantes.
L’inattendu désoriente même notre fantaisie solitaire.

La révolte est d’instinct
L’organisation, une des folies de notre époque. Tout passe par l’organisation, tout est organisable, tout doit être organisé. De la consommation au travail, du Club méditerranée à la révolution.
À tel point que lorsqu’un cataclysme politique s’abat sur une région, sur un peuple, il se trouve aussi-tôt un groupe de « révolutionnaires » pour organiser une petite fête, dite de soutien, les belles manières l’exigent. Et d’un bel élan charitable, tout la « gauche » genevoise court à quelque joyeuse kermesse ou autres spectacles burlesques.
Braves gens, on vous organise votre révolte…
« Toutes les révolutions ont commencé sans chefs et quand elles en ont eu. elles ont fini. » (Censor)

Sans but
Et j’en ai assez de cette vie désolante, tentaculaire, absurde.
Sortir, et pour n’importe où…
Le voyage, la fugue, c’est comme une détente. On se préserve un peu, on évite de se faire bouffer par ce monde totalitaire.
Et ce qu’il prenait pour le voyage, n’était-ce pas en fait une immense simulation, simulation de son comportement, de ses habitudes, de ses envies.
L’incapacité totale dans laquelle il se trouvait de discerner réel et simulacre, sortie et voyage, le poussait au point que la notion même de réel tendait à s’effacer définitivement.
Tout est beau, une heure au moins, la sagesse est de ne pas se fixer. Attiré par le charme changeant de la réalité du simulacre (ou de la simulation du réel), passer, cueillant l’impression, fuyant l’explication, l’ordre éternel, l’ennui, dérivant dans la découverte.
Vivre, ici, ailleurs, sans attendre.

Faits divers
Tout n’est pas perdu. Sept candidats aux dernières élections françaises n’ont obtenu aucun suffrage, même pas le leur !

• • •

Le point d’explosion n’est pas loin. Les plombiers parisiens ont fait une grève peu banale. Motif : la qualité de la tuyauterie fournie baisse dangereusement. En effet, le matériel d’il y a 100 ans était conçu pour tenir le coup 100 ans, celui d’il y a 50 ans, 50 ans ; celui d’il y a 25 ans, 25 ans ; celui d’il y a 10 ans, 10 ans…

• • •

Bravo. De joyeuses explosions ont marqué la naissance du « Groupement pour l’extension du Premier Mai aux jours suivants ».

• • •

Misérablement, mais ça vit. Une nouvelle espèce de termite porteur d’un avenir prometteur vient de se développer en Australie. En effet, il se nourrit de bitume, de béton et de traverses de chemin de fer.

• • •

Donnez-nous notre travail quotidien… Un « Mouvement pour le droit à la paresse » qui se présentait à Lille n’a obtenu que 400 voix aux dernières élections.

• • •

Nouvelle sportive. Les ballons de la prochaine Coupe du Monde de football en Argentine sont offerts par Amnesty International.

LE DOS AU MUR
journal mural
parait à l’occasion

Prix du numéro : 1 franc
Abonnement à 12 Numéros : 10 francs

Tout bénéfice sera intégralement bouffé et bu par l’éditeur.

Rédacteur : G. Jaques, Petit-Lancy
Éditeur : Association du CN
Case 44- 1257 Croix-de-Rozon /GE
Imprimé en Suisse


sources :
 
cotes :

Aff1181-1 & Aff1181-2 - 205233 (cira L)


[ca  1978]
Affiche liée


Autres 
  • Anarlivres : site bibliographique des ouvrages anarchistes ou sur l'anarchisme en français
  • Cgécaf : Catalogue général des éditions et collections anarchistes francophones