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[Tribunal militaire, 19 septembre 1931]

Image (fixe ; à 2 dimensions)
titre :
[Tribunal militaire, 19 septembre 1931] / Cabu
adresse :
. — Lausanne : [s.n.],
description technique (h × l) :
. — 1 affiche (photocop.) : n. et b. ; 42 × 30 cm
notes :
descriptif :


[ texte (lettre de Marcel Maillard au Département militaire, Genève, tirée du Réveil anarchiste) ; dessin (militaires assis, applaudissant) par Cabu ]

texte :

Tribunal militaire, 19 septembre 1931

Notre camarade Marcel Maillard, déjà condamné pour refus de servir une première fois, le 11 décembre 1929, à trois mois d’emprisonnement et trois ans de privation des droits civiques, vient de paraitre à nouveau devant le Tribunal militaire. À une deuxième sommation d’avoir à se rendre à ta caserne, il avait répondu par celle lettre :

Genève, le 26 mai 1931.

Au département militaire, Genève.

Messieurs,

Je me fais un plaisir de vous retourner ci inclus l’ordre de marche me convoquant à l’école de recrues pour demain le 27 mai, à Morges, en vous avisant que, cette fois encore, notre brillante année fédérale devra se passer de mon précieux concours.

J’en suis extrêmement peiné pour la Patrie qui, je le sais, a besoin de tous ses enfants pour sa défense (sauf peut-être de ceux que la perspective de quelques mois de prison n’enchante pas outre mesure et qui, plus malins, savent recourir au truc du certificat médical sur lequel cette chère Patrie ferme complaisamment les yeux), mais, malgré la peine hautement régénératrice qui m’a été infligée une première fois, ma mauvaise tête brûlée n’est toujours pas apte à saisir la légitimité de cet appel et s’obstine à ne pas reconnaitre votre divine autorité.

Je déplore avec vous ce manque de civisme et cette absence totale de patriotisme dans lesquels votre bon sens natif n’aura pas de peine à discerner l’œuvre néfaste de la main de Moscou et de la propagande subversive qui sape les bases de la nation, mais comme vous, je ne puis me soumettre à la majorité et attends donc humblement que vous ajoutiez au mépris de tous les bons citoyens, qui m’afflige déjà, les démocratiques rigueurs de notre Constitution que j’ai déjà subies sans succès, il est vrai, mais qui, espérons-le, finiront bien par me rendre le cerveau docile, et par conséquent normal.

C’est cette même tête brûlée qui m’empêche de vous adresser en terminant les respects que l’on doit à ceux qui exercent d’aussi nobles fonctions que les vôtres et m’autorise tout au plus à vous faire part de mes sentiments profondément libertaires et (permettez que je sois absolument sincère) de mon absence totale de considération.

Marcel MAILARD,
25, rue de la Servette, Genève.

P.-S. — Votre extrême bienveillance m’ayant fait, contre toute attente, bénéficier, d’un passeport, il serait peut-être indiqué’ de me faire surveiller dès ce jour de très près, étant donné la possibilité qui m’est fournie d’esquiver une punition que je crains par-dessus tout.


sources :
 
cotes :

Aff0561 - 305525 (cira L)


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