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[Commune de Paris — Mairie du 17e Arrondissement]

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Image (fixe ; à 2 dimensions)
titre :
[Commune de Paris — Mairie du 17e Arrondissement]
adresse :
. — Paris : Commune de Paris (1871),
description technique (h × l) :
. — 1 affiche (impr. photoméc.) : n. et b. ; x × y cm
notes :
descriptif :


[ texte ]

texte :

RÉPUBLIQUE FRANÇAISE
LIBERTÉ — ÉGALITÉ — FRATERNITÉ

COMMUNE DE PARIS
MAIRIE DU 17e ARRONDISSEMENT

Citoyens,

C’est un devoir et une satisfaction pour nous de vous tenir au courant des affaires publiques et de vous communiquer nos impressions

De grandes et belles choses se sont accomplis depuis le 18 mars, mais notre œuvre n’est pas achevée ; de plus grandes encore doivent s’accomplir et s’accompliront, parce que nous poursuivrons notre tâche sans trêve, sans crainte dans le présent ni dans

Mais pour cela, il nous faut conserver tout le courage, toute l’énergie que nous avons eus jusqu’à ce jour et, qui plus est il faut nous préparer à de nouvelles abnégations, à tous les périls, à tous les sacrifices : plus nous serons prêts à donnée moins il nous en coûtera.

Le salut est à ce prix, et votre attitude prouve suffisamment que vous l’avez compris.

Une guerre sans exemple dans l’histoire des peuples nous est faite : elle nous honore et flétrit nos ennemis.

Vous le savez : tout ce qui est vérité, justice ou liberté n’a jamais pris sa place sous le soleil sans que le peuple ait rencontré devant lui et armés jusqu’ aux dents, les intrigants, les ambitieux et les usurpateurs qui ont intérêt à étouffer nos légitime aspirations.

Aujourd’hui, Citoyens, vous êtes en présence de deux programmes :

Le premier celui des royalistes de Versailles, conduits par la chouannerie légitimiste et dominés par des généraux de coup d’État et des agents bonapartistes, trois partis qui se déchireraient même après la victoire, et se disputeraient les Tuileries.

Ce programme, c’est l’esclavage à perpétuité, c’est l’avilissement de tout ce qui est peuple ; c’est l’étouffement de l’intelligence et de la justice ; c’est le travail mercenaire ; c’est le collier de misère rivé a vos cous ; c’est la menace à chaque ligne. Ou y demande votre sang, celui de vos femmes, celui de vos enfants ; on y demande nos têtes comme si nos têtes pouvaient boucher les trous qu’ils font dans vos poitrines, comme si nos têtes tombées pouvaient ressusciter ceux qu’ils vous ont tués et fusillés !

Ce programme, c’est le Peuple à l’état de bête de somme, ne travaillant que pour un amas d’exploiteurs et de parasites que pour engraisser des têtes couronnées, des ministres, des sénateurs, des maréchaux, des archevêques et des jésuites.

C’est Jacques Bonhomme à qui l’on vend depuis ses outils jusqu’aux planches de sa cahute, depuis la jupe de sa ménagère jusqu’aux langes de ses enfants pour payer les lourds impôts qui nourrissent le roi et la noblesse, le prêtre et le gendarme.

L’autre programme, Citoyens, c’est celui pour lequel vous avez fait trois révolutions ; c’est celui-pour lequel vous combattez aujourd’hui ; c’est celui de la Commune, le vôtre enfin.

Ce programme, c’est la revendication des droits de l’homme ; c’est le peuple maître de ses destinées ; c’est la justice et le droit de vivre en travaillant ; c’est le sceptre des tyrans brisé sous le marteau de l’ouvrier ; c’est l’outil légal du capital ; c’est l’intelligence primant la ruse et la sottise ; c’est l’égalité d’après la naissance et la mort.

[…]

[…] Paris […] votre camp.

Non, ce n’est pas une poignée de braves retranchés derrière une barricade manquant de cartouches et de commandement, ce n’est plus un 1830 ni un 48 ; c’est le soulèvement d’un grand peuple qui veut vivre ou mourir.

Et il faut vaincre, parce que la défaite ferait de vos veuves des victimes pourchassées, maltraitées et vouées au courroux de vainqueurs farouches ; parce que vos orphelins seraient livrés à leur merci et poursuivis comme de petits criminels ; parce que Cayenne serait repeuplé et que les travailleurs y finiraient leurs jours rivés à la même chaîne que les voleurs, les faussaires et les assassins ; parce que demain les prisons seraient pleines et que les sergents de ville solliciteraient l’honneur d’être vos geôliers et les gendarmes vos gardes chiourmes ; parce que les fusillades de juin recommenceraient plus nombreuses et plus sanglantes !

Vainqueurs, c’est non-seulement votre salut, celui de vos femmes, celui de vos enfants, mais encore celui de la République et de tous les peuples !

Pas d’équivoque, celui qui s’abstient ne peut même pas se dire républicain.

Ceux que la couleur de notre drapeau effrayait doivent être rassurés ; il n’est que rouge du sang du peuple et non d un autre.

Les royalistes, eux, ont ensanglanté leur loque blanche ; les impérialistes ont vendu le drapeau tricolore, sans se soucier de ses souvenirs glorieux ; seul le drapeau rouge flotte partout et le peuple a partout pardonné ; seul il flotte vierge de honte et d’infamie.

Courage donc, nous touchons au terme de nos souffrances. Il ne se peut pas que Paris s’abaisse au point de supporter qu’un Bonaparte le reprenne d’assaut. Il ne se peut pas qu’on rentre ici régner sur des ruines et sur des cadavres ! Il ne se peut pas qu’on subisse le joug des traîtres qui restèrent des mois entiers sans tirer sur les Prussiens et qui ne restent pas une heure sans nous mitrailler.

Des femmes, des enfants, des vieillards, des innocents sont tombés sous leurs coups ; ce n’est plus seulement Paris qui est frémissant de rage et d’indignation, mais la France, la France tout entière s’agite écœurée, furieuse ! Cette belle France qu’ils ont ruinée et livrée et dont ils voudraient se partager les restes comme des oiseaux de proie abattus dans un champ de carnage !

Allons, pas d’inutiles. Que les femmes consolent les blessés ; que les vieillards encouragent les jeunes gens ; que les hommes valides ne regardent pas à quelques années près pour suivre leurs frères et partager leur péril.

Ceux qui, ayant la force, se disent hors d’âge, se mettent dans le cas que la Liberté les mette un jour hors la loi. Et quelle honte pour ceux-là !

C’est une dérision ! Les gens de Versailles, Citoyens, vous disent découragés et fatigués ; ils mentent et le savent bien. Est-ce quand tout le monde vient a vous ; est-ce quand de tous les coins de Paris on se range sous votre drapeau ; est-ce quand les soldats de la ligne, vos frères, vos amis, se retournent et tirent sur les gendarmes et les sergents de ville qui les poussent à vous assassiner ; est-ce quand la désertion se met dans les rangs de nos ennemis, quand le désordre, l’insurrection règnent parmi eux et que la peur les terrifie, que vous pouvez être découragés et désespérer de la victoire ?

Est-ce quand la France tout entière se lève et vous tend la main ; est-ce quand on a su souffrir si héroïquement pendant huit mois, qu’on se fatiguerait de n’avoir plus que quelques jours a souffrir, surtout quand la liberté est au bout de la lutte ?

Non ! il faut vaincre et vaincre vite ; et avec la paix le laboureur retournera à sa charrue, l’artiste à ses pinceaux, l’ouvrier à son atelier ; la terre redeviendra féconde et le travail reprendra. Avec la paix nous accrocherons nos fusils et reprendrons nos outils et, heureux d’avoir bien rempli notre devoir, nous aurons le droit de dire un jour :
Je suis un Soldat-Citoyen de la Grande Révolution.

Paris, le 29 Avril 1811.

Les Membres de la. Commune :
GERARDIN, E. CLEMENT, CHALIN, A. DUPONT, MALON.

Imprimerie centrale des chemins de fer. = A. Chaix et Ce, rue Bergère, 28, à Paris. - 2818-1 — A Bloc, 13, place des Noblesses (Montmartre)


sources :

Texte d’après Les Murailles politiques françaises, tome II : la Commune, Paris, Versailles, la Province (Paris : Le Chevalier, 1874), p. 382.

cotes :