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[Le panamisthme]

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titre :
[Le panamisthme]
adresse :
. — Marseille : L’ Agitateur (Marseille),
description technique (h × l) :
. — 1 affiche (impr. photoméc.), coul. (une) ; x × y cm
notes :
descriptif :


[ texte ]

texte :

Le panamisthme

Le mal

Voilà toute la clique parlementaire de la haute chambre comme de la basse, depuis l’extrême droite jusqu’à l’extrême gauche, convaincue de n’être qu’un « ramassis de coquins ».

Les socialistes vocifèrent bien qu’ils sont purs, qu’ils n’ont pas touché. Parbleu ils étaient trois teigneux et un Ferroul. Tout le paquet ne valait pas trois francs quatre-vingt-quinze centimes.

Ils n’ont rien reçu parce qu’on ne leur a rien offert :

Telles de vieilles mégères affreusement laides, ridées, décaties et contrefaites qui poseraient pour le prix Monthyon, parce qu’aucun homme, malgré leurs œillades assassines, ne pousse le dévouement jusqu’à dégrafer le plat corsage de leur innocence !

Que les gobeurs du truc électoral s’indignent ou paraissent surpris ; c’est leur affaire.

Les anarchistes ne sauraient éprouver ni étonnement, ni indignation.

Dans ce siècle de mercantilisme, tout n’est-il pas vendu ou à vendre ?

Le magistrat vend ses arrêts, le policier, ses arrestations, le journaliste, sa plume, le prêtre, ses « oremus », l’orateur sa salive, l’écrivain son encre, le peintre ses couleurs, le poète ses rimes, le candidat ses promesses, l’électeur son suffrage, le mari sa femme, la femme son « savoir », la vierge, son ignorance, le riche sen influence, le pauvre sa résignation.

Dés lors, les ramollit du Sénat et les abrutis de la Chambre seraient bien bêtes de se gêner et l’on se demande pourquoi ils ne vendraient pas leurs services.

Monsieur « Tout le monde » bat monnaie de tout. Les parlementaires représentent Monsieur « Tout le monde » ; il est donc juste qu’ils fassent argent de leur mandat.

Ils émanent d’une masse corrompue, il est naturel que corruption les pourrisse :
Tel arbre ! tel fruit !

Cela qui les ont précédés ont trafiqué de leur mandat ; leurs successeurs, quels qu’ils soient, spéculeront sur le leur.

C’est parfaitement logique.

Panama n’est qu’un des mille « pots aux roses » que fait éclore « l’État ».

Si « l’affaire » n’eût pas misérablement avorté, s’il y avait encore en caisse de quoi distribuer des chèques, acheter des consciences on peut être sise que personne n’eût bougé.

En vérité, pas une convention n’est passée, pas un monopole n’est concédé ou maintenu, pas un traité n’est consenti, pas un marché n’est conclu, pas un emprunt n’est réalisé, pas une fourniture n’est accordée, pas une entreprise n’est adjugée, pas une décision n’est prise, pas un projet de loi n’est adopté, pas un vote n’est acquis, pas un, sans que, sous une forme ou sous une autre, petits ou grands, des milliers de pots de vins ne soient précipités dans le gosier spongieux de tous les élus, quel que soit leur programme.

Cela a toujours été ; cela est ; cela sera nécessairement, aussi longtemps qu’il existera, sous quelqu’État que ce soit : monarchique, républicain ou Socialiste, des assemblées parlementaires : nationales, départementales ou communales.

Wilsonisme, Panamisthme, Parlementarisme : Ça rime et c’est la même chose.

Quand un bonhomme en sueur quel que soit son âge, s’expose aux courants d’air, il s’enrhume ; quand un citoyen, quelles que soient ses convictions, devient mandataire, il vole. Ce second résultat est aussi certain que le premier.

Le remède

Tourner le dos à tous les aigrefins de la politique même socialiste ; ne plus écouter les boni-menteurs de la propagande électorale.

Se rallier aux groupes de ces abstentionnistes qui, « depuis toujours » ont combattu tout candidat et toute candidature ; se joindre à ces hommes courageux et désintéressés qui depuis toujours, malgré tracasseries et condamnations ne cessent de répéter :

Le suffrage universel est une duperie, sauf pour les élus.

La révolution : la révolution seule est efficace et féconde !

L’Agitateur


sources :

Placard paru dans L’Agitateur, deuxième année n° 1 (14 janvier 1893)

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